A C C U E I L
C O L L E C T I O N S
I T I N É R A I R E
D I S P O S I T I F S
C O N T A C T
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Pour commencer, resserrons la focale sur les écrits de jeunesse de Pons Levy. Vers la fin des années quatre-vingt, le compositeur se sent corseté par les raideurs académiques. Les dons qu’il avait, dès l’enfance, manifestés pour la poésie en prose le poussent alors à rechercher des points de convergence entre l’extensibilité des formes avant-gardistes et l’énergie du rock. Une période charnière à partir de laquelle se dessinent les linéaments d’un élan progressif. Sauf qu’ici, la progressivité va échapper aux catégories absolutistes et matérialistes du progrès quand l’éclairage introspectif qu’elle induit viendra soudainement s’interposer entre le musicien et l’écrivain, signe de leur modélisation concomitante. Le genre littéraire de la chantefable est propice à la croissance et à l’entrelacement de ces segments dimensionnels. On y surprend çà et là le bourgeonnement d’une écriture polyréaliste. Les superpositions spatio-temporelles dans la Schizogonie. Leurs télescopages dans Vagola. L’idée d’un réel fantomé plutôt que fantasmé. Rétif à la saisie d’informations. Ne leur cédant en rien de son identité sinon quelques éclats d’empreintes dont la reconstitution impossible ouvre un vaste chantier d’hybridation.
À l’automne 1992, Bruno planche sur une théorie polyréaliste de l’art. C’est le début des recherches sur la polymatricialité et son langage de prédilection, la réfraction psychique. L’expérience polymatricielle a vocation à accroître notre compréhension des relations que nouent entre elles les dimensions enchevêtrées qui sont à l’œuvre dans la cohésion d’une existence individuée. Elle requiert la mise au point d’un dispositif adapté au courant alternel dont la polyréalité procède, dispositif que nous qualifierons d’acromphale par analogie avec l’extrémité du cordon ombilical. De fait, l’entrée du vortex conscientiel est censée raccorder tout être aux origines de sa réalité. Prenant appui sur le travail du rêve, la polymatrice substitue aux images refoulées de l’inconscient une provocation psychique, puis à la phase paradoxale du sommeil un choc d’obscurité ayant pour effet de déclencher une suite de psychoréfractions, que l’ontographe aura toute latitude de confronter les unes aux autres selon des protocoles qui, inversement à ceux de la psychanalyse, lui auront attribué une source localisable, mesurable et identifiable. L’étude de ces opérations particulières donne lieu à un instantané ontographique. Elle clôture le parcours effectué à l’intérieur de l’acromphale, et notre collection se donne pour objectif d’en retracer ici quelques-unes des belles heures.
La trilogie principielle avait déjà tenté, au prisme de la psychoréfraction, d’ébaucher une métaphysique manquant douloureusement à l’athéisme. Remâchant le néant jusqu’à ce que l’absoluité du vide ait décelé en son rumen l’énergie génésique, Pons Levy va poser les bases d’une philosophie du rien dont la nature invasive peuplera désormais chaque nouveau fragment d’intelligible surgissant de derrière les fagots de l’idéologie. Dans cette optique, il n’hésitera pas, dès 1994, à transgresser avec Le rien les contre-dogmes du polyréalisme qui, de leur côté, s’inviteront sans prévenir dans les territoires du roman ou de l’essai littéraire. Le manifeste de 1992 mettait en garde le lecteur contre toute dérive sectaire qu’une révolution artistique est propre à provoquer. L’autoradiation de son auteur mettra en pratique son concept d’un intrasystème ayant vocation à déjouer le double piège du système et de l’antisystème. Au reste, il n’y a rien d’étonnant à ce que sa trilogie téléologique se soit placée sous le sceau de la Corne retournée, une collection regroupant des volumes qui ont en commun d’être traversés de bout en bout par le principe de l’aleph, de ses cornes inversées pointant vers les homologies ou de sa corne homothétique pouvant se retourner comme une peau de lapin. Résidant au fondement de l’acromphale, on pouvait s’attendre à ce que leur profondeur ponctique se traduisît par un rayonnement noir.